mercredi, 07 novembre 2007

Opération Consom'acteur : acheter autrement pour réduire les déchets

mercredi 07.11.2007, 08:45
Opération Consom'acteur : acheter autrement pour réduire les déchets De nombreux commerçants proposent aux clients de changer leurs comportements. PHOTO JEAN-CHARLES BAYON.

Profitant de la semaine nationale de réduction des déchets, la CUD poursuit l'action qu'elle mène depuis plusieurs années en impliquant commerces de proximité et surtout citoyens avec l'opération Consom'acteur. Objectif : changer les comportements d'achat et réduire les déchets à la source.

Du 3 au 11 novembre se déroule la 2e édition de la Semaine de la réduction des déchets. Une campagne nationale qui donne l'occasion à la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) de lancer son opération Consom'acteur, du 5 au 11 novembre.

Des consommateurs engagés
L'objectif est de sensibiliser les consommateurs à l'aide d'un jeu-concours, auprès des commerces de proximité. Concrètement, le commerçant qui accepte de jouer le jeu, propose à son client, contre son engagement à ne pas utiliser de sacs plastiques, de remplir un bulletin de participation et de l'insérer dans l'urne. Le client, désormais « consom'acteur » repart également avec des fiches explicatives sur les gestes quotidiens en faveur du développement durable. Et les lots à la clé sont également en lien avec cette thématique puisqu'il s'agit d'un vélo, de sac à roulettes, de sac-cabas, de bons d'achat... « On fait appel à la fibre citoyenne de chacun, explique Roméo Ragazzo, vice-président de la CUD, chargé de la collecte et du traitement des déchets. On sait que la préservation de l'environnement passe par des changements d'attitudes individuels. »

Des commerces de proximité concernés
Pourtant, les citoyens ne sont pas les seuls acteurs de l'opération. Il s'agit aussi de mobiliser les commerces de proximité. « La CUD a trouvé au travers de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) un partenaire de qualité (lire ci-dessous) et chez les commerçants de proximité, un écho tout à fait favorable. » En effet, plus de 160 magasins de proximité ont accepté de participer à la campagne Consom'acteur. «  Nous avons besoin de l'adhésion des commerçants mais eux ont besoin de l'adhésion des clients. » Un pari qui avait déjà été tenu avec la suppression des sacs plastiques dans les hypers et supermarchés, réalisant ainsi une économie de 60 millions de sacs plastiques. « Dans les hypermarchés, c'était plus facile car ils donnaient le ton. Pour les commerces de proximité, plus diffus, c'est plus difficile. La relation personnelle avec le client est différente. Ainsi, la CUD, en accompagnant la volonté du commerçant, lui donne un coup de pouce.

Et chacun, en remplissant ce document (NDLR : le bulletin Consom'acteur), a le sentiment de faire un geste, de devenir acteur de ce changement. » Autre but du jeu : créer une base de données, un réseau de consom'acteurs, afin de pouvoir envoyer, à ceux qui le désirent, des informations sur les actions mises en oeuvres sur le territoire. «  On souhaite faire ça en douceur : convaincre sans contraindre. » •

CAMILLE RAAD

La Voix Eco

mercredi, 24 octobre 2007

Dunkerque & la pollution industrielle

http://www.dailymotion.com/video/x3a3ho_dunkerque-funeste...

 

lundi, 22 octobre 2007

Grenelle, incinérateurs et intérêts des acteurs ? NaturaVox


 

Article rédigé par A l’évidence

A l’heure où notre président incarne plus que jamais la rupture, un autre Nicolas, Nicolas Hulot, estime à propos du Grenelle de l’environnement qu’”il n’y a pas la rupture que l’on souhaite” dans les mesures proposées pour la phase finale des négociations. Selon lui “les propositions structurantes sur la fiscalité et l’agriculture” sont absentes alors que leur remise à plat “permettrait de changer les modes de production et de consommation“. “Si l’on n’a pas cette colonne vertébrale“, indique-t-il dans le Figaro d’aujourd’hui, “cela ne marchera pas“.

Incinérateurs en projet Octobre 2007 Et c’est dans ce contexte de scepticisme que l’on apprend dans le Monde en date du 20 octobre que le conseil de l’ordre des médecins réclame un moratoire concernant la construction de nouvelles unités d’incinérateurs - une mesure demandée par l’Alliance, l’un de ses 4 moratoires avec celui sur les OGM en plein air, le nucléaire et les autoroutes.

Lorsque l’on s’attarde un peu sur les problèmes révélés par cette affaire, mais aussi par une étude de cas de la région bordelaise, l’on obtient une bonne illustration de la manière dont les intérêts économiques (et politiques) peuvent primer sur la santé et l’environnement.

En réalité, un projet d’incinérateur d’ordures ménagères de Clermont-Ferrand (une usine où devraient être brûlées, à partir de 2011, 170 000 tonnes de déchets par an, i.e. la moitié des ordures ménagères des 660 000 habitants du Puy-de-Dôme et du nord de la Haute-Loire) est suspendu aux conclusions du Grenelle, en espérant qu’un moratoire sera décidé au niveau national. Mais ce dossier est aussi sensible pour une dizaine d’autres dossiers, “notamment ceux concernant la création d’unités nouvelles, à Dunkerque (Nord), à Arques (Pas-de-Calais) ou encore à Aspach-le-Haut (Haut-Rhin)“, précise l’article de Manuel Armand. Le dossier étant en stand by au niveau des négociations (les représentants de l’Etat, des collectivités locales et des employeurs y sont opposés), il faudra attendre la table ronde des 24 et 25 décembre pour avoir une réponse (!).

La déclaration du Conseil national de l’Ordre des médecins et les principaux syndicats de praticiens, la “Plate-forme nationale du corps médical”, réclame “un moratoire concernant la construction de nouveaux incinérateurs (…) L’incinération produit des centaines de substances toxiques qui s’échappent dans l’atmosphère (…) Le corps médical ne lâchera pas le morceau, il ne faut pas refaire l’erreur de l’amiante, alerte Dominique Belpomme (célèbre cancérologue à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris).

Cet engagement des médecins (la pétition contient d’ores et déjà 527 signatures de médecins) fait suite à la publication du rapport de l’Institut de veille sanitaire 2006 (pdf), et représente un grand renfort pour l’Alliance et les opposants aux incinérateurs. En réalité, si le rapport met en avant “un lien statistique entre le niveau d’exposition aux incinérateurs dans les années 1970-1980 et l’augmentation de la fréquence de certains cancers au cours des années 1990-1999″ , il précise aussi que “ces résultats ne peuvent pas être transposés aux situations actuellement générées par les incinérateurs, moins polluants et mieux contrôlés qu’auparavant”. Il demeure, les médecins sont las de faire du palliatif en traitant des cancers alors qu’il serait plus aisé de traiter les problèmes à la source!

Ainsi donc, pour mieux comprendre en quoi consiste l’incinération, vous pouvez vous rendre sur cette page du site du CNIDD qui vous expliquera en quoi ce procédé constitue une “aberration sur les plans sanitaire, environnemental, économique, social ou démocratique“. En France, selon les dernières estimations de Greenpeace (travail en cours d’actualisation - seuls les chiffres sur les dioxines sont récents), 33 des 126 incinérateurs existants seraient hors normes. Pour les dernières normes en vigueur, voir ici.

Incinérateurs BordeauxPour tout vous dire, cet article fait également suite à une question que je me pose depuis plusieurs mois quant au fait que les habitants de certains quartiers du centre ville de Bordeaux ne soient toujours pas incités au tri sélectif à domicile (mise à disposition de poubelles de tri). Certes, des efforts ont été faits ces dernières années, mais je suis toujours choquée que cela soit encore impossible pour certains citoyens. Un embryon de réponse se trouverait a priori dans les intérêts économiques des sociétés (et collectivités?) gérant les incinérateurs de la région. Rien de nouveau diront certains… Mais il est intéressant de se pencher sur ce petit exemple pour comprendre la logique des acteurs au sein des négociations.

Dans les environs de Bordeaux en effet se trouvent deux incinérateurs: celui de Cenon depuis 1984 et celui de Bègles depuis 1998. L’incinérateur de Cenon a pour particularité de bénéficier d’une technologie unique en Europe, la vitrification des cendres volantes issues de l’incinération par torche à plasma afin, comme le précise le site d’Europlasma (la société développant cette technologie), “de corriger les nuisances générées par l’incinération“. Ce procédé permet de produire un jet de gaz à haute température pouvant atteindre 4 500°C. Europlasma permettrait de l’utiliser de manière utile et fiable, et son principal client se trouve aujourd’hui être le Japon, “premier marché de vitrification au monde, avec un parc de plus de 1 800 usines d’incinération des ordures ménagères dont la moitié sont condamnées car non conformes aux nouvelles contraintes réglementaires. Ce sont donc près de 400 nouvelles usines comprenant un traitement intégré de vitrification qui devraient voir le jour dans les 15 à 20 années à venir” (source). Les pistes de réutilisation du résidu final, le “vitrifiat” (résidu vitrifié) sont en cours d’étude - programme Vivaldi, mais sachez que le pdg d’Europlasma a d’ores et déjà fait fabriquer à sa femme des boucles d’oreille en résidus de déchets toxiques (charmant n’est-ce pas!:-).

Comme le précise le CNIDD, “ce procédé n’est pas écologique car la vitrification nécessite une énergie importante qui ne peut provenir de la seule combustion des ordures ménagères“. L’énergie doit donc être électrique, et le procédé présente aussi des inconvénients (vaporisation, durée de vie des réfractaires, pertes énergétiques importantes au niveau du four et pour le refroidissement des électrodes, etc.).

L’incinérateur de Bègles est classé par Greenpeace comme étant “hors normes” alors qu’il a moins de 10 ans. Géré par Novergie (groupe Suez), cet incinérateur s’est notamment occupé des déchets du Prestige.

Dans un article paru en décembre 2001, Bernard Guillon explique que “le ramassage et le traitement des déchets constituent de bons exemples de l’application de la “théorie de l’enactment, selon laquelle le contenu du changement est mis en acte en fonction des interprétations que les acteurs en font. A partir d’informations “objectives” fournies lors de la mise en acte (”enactment”), les acteurs construisent, réarrangent et détruisent certains aspects de l’information disponible, pour sélectionner les interprétations les plus pertinentes (sélection) et finalement les retenir dans une mémoire collective commune (rétention). L’importance du contenu perçu du changement et de l’importance d’une coalition politique de soutien pour mener à bien un projet sont deux dimensions à garder en tête dans cette théorie.

Comme le montre l’auteur, “à l’époque où l’on en était au stade d’un marché émergent, les composantes juridiques - ou leur absence - ont permis l’influence progressive des collectivités locales et des entreprises industrielles, confrontées à un interlocuteur commun, l’Etat. Dans la Communauté urbaine de Bordeaux comme ailleurs, la qualité des relations entre les élus et ces firmes de taille importante a permis de choisir un mode de traitement des déchets à double détente: l’incinération, en premier lieu, et le recyclage. Mais, en 1998, ces deux catégories d’acteurs se sont heurtées à la volonté de l’Etat de renforcer la place du recyclage. Il reste à déterminer ce qui reste acquis et en quoi les projets d’avenir locaux se trouvent compromis“.

Comprenez donc que certains intérêts engagés dans les projets d’incinérateurs (le plus récent et apparemment hors norme, celui de Bègle, et celui bénéficiant d’une haute technologie qu’il faut rentabiliser - celui de Cenon) expliquent en partie que le tri des déchets ne soit pas instauré sur l’ensemble de la communauté urbaine de Bordeaux: une dualité certaine fait en sorte que la mise en place d’un tri sur l’ensemble de la zone réduirait les “inputs” des sociétés gérant les incinérateurs et diminueraient en partie leur chiffre d’affaire. Comme vous pouvez le voir, le traitement des déchets implique un certain nombre d’acteurs, publics ou privés, dont les intérêts économiques (et politiques) peuvent guider certains choix.

L’exemple des incinérateurs n’est qu’un cas parmi d’autres expliquant les parts de marché et les “bouts de gras” que peuvent de bagarrer les parties en présence autour des négociations du Grenelle de l’environnement…

Plus d’infos:

+ Sur la durée de vie d’un déchet (pdf)

+ Processus d’incinération - CNIDD: “Un incinérateur de déchets ménagers, abusivement qualifié aujourd’hui d’Unité de Valorisation Energétique (UVE) par ses promoteurs, n’a pas comme but de produire de l’énergie: l’incinération est un procédé coûteux d’élimination. Par la combustion, le volume et la masse des déchets solides sont ” visuellement ” réduits. Par contre, la pollution est non seulement augmentée mais créée par le procédé lui-même, et transférée dans les résidus solides (mâchefers, REFIOM), les rejets liquides et surtout les fumées toxiques. Il est illusoire de croire que l’évolution de la législation supprime toutes les limites et les dangers inhérents au procédé même de l’incinération.”

+ Pour en savoir plus sur les MIOM (mâchefers issus d’incinération des ordures ménagères) et les REFIOM (résidus d’épuration de fumées d’incinération des ordures ménagères ), cf. cet extrait d’un rapport du Sénat

+ Sur le procédé de Torche à plasma (pdf)

+ Sur la démarche d’Europlasma
+ Pour les cartes des incinérateurs en France (France Incinération)

+ Sur le site des professionnels de l’incinération, incineration.org

+ Sur la théorie de l’enactment: Alain Vas, “Les processus de changement organisationnel à l’épreuve des faits: une approche multi-paradigmatique” (pdf).

dimanche, 21 octobre 2007

Des médecins s'opposent à l'incinération des déchets

Le projet d'incinérateur d'ordures ménagères de Clermont-Ferrand est suspendu aux conclusions du Grenelle de l'environnement. L'incertitude porte sur l'éventualité d'un moratoire imposé au niveau national.

Outre celui du Puy-de-Dôme, plus d'une dizaine de dossiers pourraient être concernés par une telle décision, notamment ceux concernant la création d'unités nouvelles, à Dunkerque (Nord), à Arques (Pas-de-Calais) ou encore à Aspach-le-Haut (Haut-Rhin).

Le Président de la République ayant dit qu'il fallait surseoir à toute décision, j'attends", explique Dominique Schmitt, le préfet du Puy-de-Dôme. Au printemps, les procédures administratives étaient pourtant arrivées à leur terme : le représentant de l'Etat avait sur son bureau un projet d'arrêté d'autorisation pour cette usine où doivent être brûlées, à partir de 2011, 170 000 tonnes de déchets par an. Soit la moitié des ordures ménagères collectées auprès de 660 000 habitants du Puy-de-Dôme et du nord de la Haute-Loire.

L'atelier "déchets" du Grenelle de l'environnement s'est conclu sur un constat de désaccord sur la place réservée à l'incinération. Les associations réunies dans l'Alliance pour la planète demandent un moratoire, alors que les représentants de l'Etat, des collectivités locales et des employeurs y sont opposés. La question a donc été renvoyée à la table ronde des 24 et 25 décembre et aux réunions qui suivront.

Les opposants à l'incinération viennent de recevoir un soutien spectaculaire. Regroupant, notamment, le Conseil national de l'Ordre des médecins et les principaux syndicats de praticiens, la "Plateforme nationale du corps médical" a réclamé "un moratoire concernant la construction de nouveaux incinérateurs". "L'incinération produit des centaines de substances toxiques qui s'échappent dans l'atmosphère", assure le professeur Dominique Belpomme, cancérologue à l'hôpital Georges-Pompidou de Paris. "Le corps médical ne lâchera pas le morceau", ajoute-t-il en affirmant qu'il ne faut "pas refaire l'erreur de l'amiante".

L'entrée en scène des médecins dans le débat national sur l'incinération est le reflet d'une forte mobilisation dans le Puy-de-Dôme. "La pétition contre l'incinérateur a déjà recueilli 527 signatures de médecins, se réjouit le docteur Alain Laffont, l'un des opposants historiques à l'incinérateur. Le déclencheur a été le rapport de l'Institut de veille sanitaire de 2006."

"MOINS POLLUANTS QU'AUPARAVANT"

Cette étude de l'InVS conclue que "l'analyse met en évidence un lien statistique entre le niveau d'exposition aux incinérateurs dans les années 1970-1980 et l'augmentation de la fréquence de certains cancers au cours des années 1990-1999." Elle ajoute toutefois que "l'étude portant sur une situation passée, ces résultats ne peuvent pas être transposés aux situations actuellement générées par les incinérateurs, moins polluants et mieux contrôlés qu'auparavant". Il n'empêche. "Les médecins en ont assez d'être à un bout de la chaîne en soignant les cancers sans que l'on agisse sur les causes", affirme le docteur Chiapponi, l'un des porte-parole du collectif des médecins clermontois.

L'opposition à l'incinérateur a également gagné une majorité d'élus de l'agglomération clermontoise, gauche et droite confondues. Maire de la capitale auvergnate et président de Clermont-Communauté, le socialiste Serge Godard a proposé à l'Etat une solution alternative où l'incinération est remplacée par des procédés mécaniques et biologiques.

"Je suis en train de faire expertiser les propositions de Serge Godard mais il manque des éléments pour faire une réelle comparaison entre les deux filières de traitement", affirme le préfet Dominique Schmitt. Il y a toutefois urgence : la décision concernant l'incinérateur, précise-t-il, sera prise "avant le 31 décembre 2007".

Manuel Armand
Article paru dans l'édition du 20.10.07. Le Monde

 

Les projets de centrales brûlant du combustible fossile se multiplient

Habillés et masqués de noir, ils étaient une quinzaine, lundi 8 octobre, à l'entrée de la réunion préparatoire au Grenelle de l'environnement, organisée au Havre, devant une grande banderole : "Non aux deux grandes centrales à charbon". Leur argument : pourquoi de nouvelles centrales alors qu'il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre ?


électriques alimentées avec le combustible le plus émetteur de gaz carbonique (environ 780 g de CO2 par kilowattheure produit). Des herbes folles et des arbustes occupent le grand terrain où pourraient être construites les deux installations de 800 mégawatts (MW) chacune, par les compagnies Endesa et Poweo.

Juste à côté, un quai où est débarqué le charbon alimentant les centrales existantes d'EDF. "Augmenter les importations de charbon intéresse le Port autonome qui soutient ces projets, indique Annie Leroy, de l'association Ecologie pour Le Havre. Mais l'intérêt économique à court terme s'oppose à l'intérêt planétaire à long terme lié au changement climatique."

Les deux centrales projetées au Havre ne constituent pas un cas isolé : une déferlante de centrales thermiques au charbon, au fioul et au gaz est planifiée dans le pays. Si tout est réalisé, cela représentera près de 13 000 MW. Ces installations remplaceraient des centrales à charbon pour partie, ce qui laisserait environ 9 000 MW de capacité nouvelle, soit autant que sept réacteurs nucléaires. Le surcroît d'émissions de CO2 est certain, même si aucun calcul officiel n'a encore été produit. Pour l'heure, ces projets ne sont pas prévus pour capter à la source le gaz carbonique, afin de le stocker ensuite dans le sous-sol.

Ils sont lancés par les compagnies qui entendent prendre place sur le marché de l'électricité, suite à la libéralisation imposée par les directives européennes : Gaz de France, Endesa, Poweo, Suez, Atel, Iberdrola, d'autres encore, et aussi EDF qui, à elle seule, devrait mettre en service entre 2005 et 2010 plus de 4 000 MW en combustibles fossiles. "Pour faire face aux pics de consommation, nous avons besoin de ces centrales thermiques", expliquait en début d'année Pierre Gadonneix, le patron d'EDF.

MARCHÉ DÉBRIDÉ

Ce programme se traduira aussi par une forte augmentation des importations de gaz, dont témoignent les projets de ports méthaniers à Fos, Dunkerque, Verdon (où l'impact paysager serait très important). A Antifer, non loin du Havre, existe déjà un port pétrolier. Tous les jours, on peut y voir des tankers décharger leurs 400 000 tonnes de brut importées du Moyen-Orient. Le consortium Gaz de Normandie veut compléter les installations par un terminal méthanier. Mais ce projet est contesté par plusieurs associations et élus locaux, qui critiquent son impact paysager et industriel, mais aussi sa logique même : "La France s'est engagée à diviser par quatre, en 2050, les émissions de gaz à effet de serre, dit Guy Le Mignot, de l'association Saint Jouin Bruneval pour un développement durable. Mais si on additionne les projets de ports méthaniers, on aboutit à une multiplication par trois des quantités de gaz importés : il y a une contradiction !"

Les industriels se réfugient derrière le jeu du marché et la sécurité énergétique. "La France ne peut dépendre seulement pour son gaz de la Russie de M. Poutine, dit Luc Poyer, de Poweo. Et une compagnie comme la nôtre, qui est un nouvel entrant, doit pouvoir prendre sa place sur le marché, d'où nos projets de centrales au gaz et au charbon."

A l'anarchie créée par un marché débridé s'ajoute l'idée que la demande électrique ne peut que croître : selon RTE (Réseau de transport d'électricité), la consommation d'électricité devrait augmenter de 1,3 % par an d'ici à 2010, puis de 1 % par an d'ici à 2020. C'est contradictoire avec la décision des chefs d'Etat européens, en mars, qui ont fixé l'objectif de réduire de 20 % la consommation énergétique de l'Europe en 2020.

Quant au groupe énergie du Grenelle de l'environnement, son rapport de synthèse établit que "la priorité est de parvenir à une réduction importante de la consommation d'énergie dans tous les domaines". Christian Garnier, de France Nature Environnement, en déduit que "la diminution de la consommation d'énergie implique une baisse des capacités de production". "Si nous, Européens, on ne montre pas l'exemple, observe M. Le Mignot, on ne voit pas comment on va convaincre les autres pays de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre."

Hervé Kempf
Article paru dans l'édition du 16.10.07. Le Monde

Les mouettes naines de Dunkerque ne connaissent pas le méthane


 

 Louardi Boughedada (Les Verts): «La nature est bien là, comment la préserver au mieux?»

Environ 300 couples de sternes naines, ces charmantes petites mouettes contre au moins 750 ME d’investissement dans un grand terminal méthanier. On refait l’histoire du pot de fer et du pot de terre dans le port de Dunkerque. Avec des intérêts parfaitement légitimes dans chaque camp.

PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr PHOTO JEAN-CHARLES BAYON
On attend encore deux réunions publiques, neuf ont déjà été menées, la dernière la semaine passée à Loon-Plage, ville a priori en premier rideau pour accueillir le projet d’implantation d’un terminal gazier sur la zone portuaire du Clipon. D’un côté, les représentants du port autonome de Dunkerque avec ceux d’EDF : le développement économique. De l’autre, les associations écologistes avec les Verts du littoral : la préservation de l’environnement. Deux mondes à part qui essaient de se parler.

Risques et périls
« C’est un enjeu majeur pour le développement du port de Dunkerque », assure Jean-Claude Terrier, son directeur. Ce port de grand vrac travaille pour Arcelor, Total ou Aluminium Dunkerque, géants de la pétrochimie ou de la sidérurgie à un vol de mouette de la centrale nucléaire de Gravelines, la plus puissante d’Europe. Au compteur du littoral dunkerquois, 13 sites Seveso dans un mouchoir face à l’une des autoroutes de la mer parmi les plus fréquentées du monde. Forcément, on pense aux risques naturels et technologiques. Forcément on s’inquiète. Le port autonome, c’est 7 000 hectares dont 4 000 occupés et 3 000 encore libres. « C’est bien là l’un de nos principaux avantages concurrentiels  », ajuste Jean-Claude Terrier. Les méthaniers achemineraient sur la plage du Clipon un gaz naturel liquéfié à – 163 °C. Il faudrait le chauffer pour le gazéifier et l’injecter dans de gros tuyaux pour toute l’Europe. Coût du projet : 700 ME pour EDF et entre 50 et 70 ME pour le port. Premier bateau attendu en 2012, vocation énergétique confortée, voilà un magnifique dossier économique.
Mais les petites mouettes ? Plus de 300 couples migrateurs nichent au Clipon, une zone tranquille, bien à l’abri des turbulences industrielles voisines. L’endroit est officiellement interdit au public mais il est fréquenté. Pêcheurs, chasseurs, promeneurs ou kite-surfeurs. La zone est d’intérêt floristique et faunistique, on dit une zone « ZNIEFF » mais les ZNIEFF ne sont pas opposables en droit. Elles n’interdisent rien, elles ne font que recenser. Le projet de terminal devrait mordre sur 40 hectares de cette ZNIEFF qui en recense 700 au total, allant vers l’intérieur des terres. Les mouettes  ? Les responsables du projet garantissent des mesures compensatoires mais les opposants posent des questions pour mesurer les polluants dans l’air et l’eau, créer un nouveau site d’accueil pour les oiseaux, aménager des prairies herbeuses rases dans la zone neutralisée, créer un corridor écologique pour assurer la circulation des espèces.

Effet domino
« Nous n’avons aucune réponse précise à ces questions, affirme Louardi Boughedada pour les Verts à Dunkerque.
Le Clipon est un vrai couloir migrateur où les oiseaux viennent se nourrir pour reprendre des forces. » Les écologistes dont l’ADELFA craignent surtout un effet domino sur la multiplication des sites dangereux. « Pas pour la santé, le méthane n’est pas un risque », rétorque Jean-Claude Terrier dans ce dossier exemplaire d’une conciliation difficile entre économie et nature, sur une zone qui reste naturelle, pour une activité non polluante. Choisir, c’est forcément renoncer. Dernier débat public le 6 décembre. •

 La Voix du Nord - Edition du mercredi 17 octobre 2007