dimanche, 21 octobre 2007
Les projets de centrales brûlant du combustible fossile se multiplient
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Juste à côté, un quai où est débarqué le charbon alimentant les centrales existantes d'EDF. "Augmenter les importations de charbon intéresse le Port autonome qui soutient ces projets, indique Annie Leroy, de l'association Ecologie pour Le Havre. Mais l'intérêt économique à court terme s'oppose à l'intérêt planétaire à long terme lié au changement climatique."
Les deux centrales projetées au Havre ne constituent pas un cas isolé : une déferlante de centrales thermiques au charbon, au fioul et au gaz est planifiée dans le pays. Si tout est réalisé, cela représentera près de 13 000 MW. Ces installations remplaceraient des centrales à charbon pour partie, ce qui laisserait environ 9 000 MW de capacité nouvelle, soit autant que sept réacteurs nucléaires. Le surcroît d'émissions de CO2 est certain, même si aucun calcul officiel n'a encore été produit. Pour l'heure, ces projets ne sont pas prévus pour capter à la source le gaz carbonique, afin de le stocker ensuite dans le sous-sol.
Ils sont lancés par les compagnies qui entendent prendre place sur le marché de l'électricité, suite à la libéralisation imposée par les directives européennes : Gaz de France, Endesa, Poweo, Suez, Atel, Iberdrola, d'autres encore, et aussi EDF qui, à elle seule, devrait mettre en service entre 2005 et 2010 plus de 4 000 MW en combustibles fossiles. "Pour faire face aux pics de consommation, nous avons besoin de ces centrales thermiques", expliquait en début d'année Pierre Gadonneix, le patron d'EDF.
MARCHÉ DÉBRIDÉ
Ce programme se traduira aussi par une forte augmentation des importations de gaz, dont témoignent les projets de ports méthaniers à Fos, Dunkerque, Verdon (où l'impact paysager serait très important). A Antifer, non loin du Havre, existe déjà un port pétrolier. Tous les jours, on peut y voir des tankers décharger leurs 400 000 tonnes de brut importées du Moyen-Orient. Le consortium Gaz de Normandie veut compléter les installations par un terminal méthanier. Mais ce projet est contesté par plusieurs associations et élus locaux, qui critiquent son impact paysager et industriel, mais aussi sa logique même : "La France s'est engagée à diviser par quatre, en 2050, les émissions de gaz à effet de serre, dit Guy Le Mignot, de l'association Saint Jouin Bruneval pour un développement durable. Mais si on additionne les projets de ports méthaniers, on aboutit à une multiplication par trois des quantités de gaz importés : il y a une contradiction !"
Les industriels se réfugient derrière le jeu du marché et la sécurité énergétique. "La France ne peut dépendre seulement pour son gaz de la Russie de M. Poutine, dit Luc Poyer, de Poweo. Et une compagnie comme la nôtre, qui est un nouvel entrant, doit pouvoir prendre sa place sur le marché, d'où nos projets de centrales au gaz et au charbon."
A l'anarchie créée par un marché débridé s'ajoute l'idée que la demande électrique ne peut que croître : selon RTE (Réseau de transport d'électricité), la consommation d'électricité devrait augmenter de 1,3 % par an d'ici à 2010, puis de 1 % par an d'ici à 2020. C'est contradictoire avec la décision des chefs d'Etat européens, en mars, qui ont fixé l'objectif de réduire de 20 % la consommation énergétique de l'Europe en 2020.
Quant au groupe énergie du Grenelle de l'environnement, son rapport de synthèse établit que "la priorité est de parvenir à une réduction importante de la consommation d'énergie dans tous les domaines". Christian Garnier, de France Nature Environnement, en déduit que "la diminution de la consommation d'énergie implique une baisse des capacités de production". "Si nous, Européens, on ne montre pas l'exemple, observe M. Le Mignot, on ne voit pas comment on va convaincre les autres pays de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre."
21:35 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaz carbonique, edf, environnement, grenelle, centrale, poweo, méthaniers



