jeudi, 01 novembre 2007

Quand les internautes de rue89 confondent centres d'hébergement et camps de déportation

Suite à un article de rue89 sur des immigrés marqués d'un chiffre au feutre, le débat dérive sur des évocations de la Shoah. Si la pratique est honteuse, il faut savoir raison garder.



« L'étape suivante c'est l'étoile jaune ou le croissant qu'on tatouera sur la peau ? » Le premier commentaire de l'article de rue89 sur des migrants marqués au feutre par des agents de la Police de l'Air et des Frontières (PAF) donne le ton soutenu tout au long de la page. L'affaire a de quoi choquer : le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a découvert que des étrangers en situation de transit dans la région de Dunkerque avaient été marqués par les services de la PAF d'un chiffre au feutre sur la main, censé les aidés à s'orienter vers les centres d'accueils pour demandeurs d'asile. Traitement dégradant, qui peut rappeller (comme le suggère l'article), celui réservé aux animaux d'élevage, et qui mérite à ce titre d'être dénoncé… mais qui amène, une fois n'est pas coutume, à une interprétation qui fait froid dans le dos quant aux traumatismes encore vifs dans l'inconscient collectif.

Vichysme, nazisme, etc.

Car à peine passée la signature de notre confrère, les internautes optent pour une lecture des événements autrement plus radicale, évoquant la Shoah. Vichysme, nazisme, etc. Les grands mots sont lâchés sans mesure aucune de la situation : est-il raisonnable de comparer les millions de femmes et d'hommes tatoués d'un chiffre pour être envoyés à la mort avec des migrants, sur la main desquels est écrit à l'encre un numéro leur indiquant un centre d'hébergement ? La pratique ne semble heureusement pas généralisée, tout au plus l'inconséquence méprisante d'une poignée d'agents de la PAF.

Le déferlement devient encore plus troublant, lorsqu'on apprend qu'un des internautes a vu son commentaire censuré : il y traitait l'auteur de l'article de « sans papieriste » et s'amusait à énumérer des sujets d'articles contenant des « mots clés » pouvant évoquer les crimes de la Seconde guerre mondiale. S'expliquant de la suppression de ce commentaire, Pierre Haski, un des rédacteurs en chef du site, se justifie par la volonté d'éviter « l'injure » ou « l'outrance verbale ». Il y a fort à parier que les déportés qui liront les comparaisons faites par les internautes auront un autre avis sur les commentaires outranciers, malgré leur confortable emballage de politiquement correct.

Jeudi 01 Novembre 2007 - 09:36
Sylvain Lapoix
Marianne2